
Trois ans après le percutant Hunger, Steve McQueen revient avec un deuxième film plus intime, Shame. Vous allez me dire mais Steve McQueen c’est pas le mec qui joue dans Les Sept mercenaires, il est vivant ? Mais non là je vous arrête tout de suite, c’est pas Steve McQueen l’acteur mais le réalisateur ! Son nouveau film traite d’un thème presque inexistant au cinéma à savoir l’addiction au sexe. En effet, on a eu des films sur l’addiction aux drogues, à l’alcool mais le sexe c’est un thème beaucoup plus rare, qui reste encore tabou. Mais j’avoue avant d’aller le voir j’avais une petite aprehension sur le traitement du thème, j’avais peur que ce soit un film bâclé pourvu de pleins de clichés…Mais heureusement, McQueen gère son sujet sans trop de poncifs avec une certaine pudeur, plus dans la douleur.
L’histoire traite de la solitude d’un homme face à sa maladie, à ses pulsions, à son obsession sur le sexe. Mais l ‘arrivée de sa soeur dans son appartement chamboule son quotidien bien organisé. Ce qui est intéressant dans son film c’est que Steeve McQueen tout le long ne cherche pas à expliquer le pourquoi du comment de sa maladie mais juste dresse le portrait d’un homme phagocyté par sa maladie et muré dans son mutisme. Ainsi, comme vous avez pu le remarquer, j’ai vraiment adoré ce film poignant car, tout d’abord, la force de ce film réside dans le fait qu’il ne traite pas juste d’un homme et de son addiction mais il cherche également à critiquer et dénoncer notre société. En effet, McQueen pointe du doigt une société individualiste et capitaliste, renfermée sur elle même, une ambiance de travail impersonnelle, des décors froids, faux, aseptisés, une société qui s’achète et se vend.
De plus, Michael Fassbender, qui, plus je le vois plus je l’adore, bluffant dans Hunger, il est impressionnant dans Shame, tout se passe dans son regard et ses silences. En outre, il sait également jouer avec son corps comme d’un instrument, à l’instar de la manière dont il jouait dans Hunger. La performance de la lumineuse Carey Mulligan est également vraiment touchante en soeur « bordeline » qui, elle aussi, au fur à mesure de ses rôles confirme son statut de future grande actrice.
En outre, Steve McQueen gère sa mise en scène et ses plans fixes sont vraiment intéressants et ce qui donne l’impression au spectateur de faire partie du quotidien du personnage et d’entrer dans son intimité. De plus, cette intrusion dans sa vie privée crée en nous un réel sentiment d’empathie envers le personnage, on a pas le sentiment de pas voir un obsédé sexuel mais plus un homme malade qui souffre en silence.
Un film rare, poignant, inoubliable…unique !